Laboratoire Arc Atlantique (LLCAA)


Figures et frontières de l’intime à l’époque contemporaine

Présentation du programme

 

L’intime, littéralement le plus intérieur du dedans, nomme cette zone non pas seulement privée, mais réservée, cette part, censément la plus profonde et secrète, où le sujet se tient et s’éprouve, hors du regard d’autrui. La notion d’intime, on le sait, est une construction sociale et historique qui présuppose la définition de la catégorie de personne et sa représentation sous la forme quasi monadique d’un univers original. Ses racines sont connues ; ses contradictions ont étéé dénoncées, tout autant que ses présupposés illusoires. Elle reste malgré tout en arrière- plan de notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au monde, elle continue de déterminer les formes de notre imaginaire et de structurer nos façons de dire et de penser, comme le montre le grand nombre de créations artistiques et littéraires qui s’en réclament.

Il y a là une contradiction qui ne laisse d’interroger. Si l’intime est bien l’espace protégé de soi, l’espace du repli sur soi, il est aussi celui du discours retenu par-devers soi. L’intime peut- il se dire sans se nier ? De même, exposer ou figurer l’intime ne revient-il pas à le dévoyer et, par là-même, à le dissoudre ? Mais, si « tout est en moi, tout est autour de moi », selon la formule de Bergson, il est certain que l’intime n’est pas lié à une conscience solipsiste, mais qu’il suppose l’ouverture à l’autre et se nourrit de toutes nos relations au monde. Que l’intime soit une des modalités de l’existence sociale et ne se vive que dans l’échange, plus encore qu’il mette littéralement le sujet hors de soi (« extimité »), explique que ses discours et ses représentations trouvent leur place dans l’ensemble des mots et des images partagés.

Les figures de l’intime sont variables d’une époque à l’autre, car les frontières entre l’intérieur et l’extérieur sont mouvantes et sujettes à de constants déplacements. En brouillant la distinction du public et du privé, notre temps multiplie ces redistributions dans des proportions inédites, ce qui pose avec une acuité particulière la question de la possibilité du retrait et du secret, face à une exigence de transparence jugée parfois tyrannique et à la réalité d’une surexposition susceptible de prendre des allures pornographiques et obscènes. Bien des artistes contemporains s’emparent du thème en repoussant, non sans provocation, les limites de l’exposable et en jouant à inverser les rapports du dedans et du dehors. Serions-nous les victimes autant que les acteurs d’une « privation de l’intime » (Michaël Foessel) par un excès d’exhibition même ? Le développement des talk shows et de la téléréalité, de même que le succès et expansion des réseaux sociaux semblent aller dans ce sens. Mais que montre-t-on de soi quand on prétend tout montrer ? Et que peut-on encore réserver quand on est sommé de tout dévoiler ?

L'intime a-t-il encore à voir avec l'intériorité, le dedans, voire le secret et le caché ? S’il a toujours partie liée avec le moi, il est certain que ce moi, loin d'être un territoire clos en lequel se replier, apparaît plutôt comme une surface de contact et d'échange, car les identités plurielles et virtuelles du sujet contemporain renvoient non pas à une intériorité qu'il s'agirait de percer, mais au fait d'être, dans sa dissémination, son éparpillement, de se donner à voir lors d’éphémères dévoilements ou au travers de multiples signes et infimes signaux (Signes de vie Philippe Lejeune).

Foncièrement pluridisciplinaire, ce programme s’intéresse à la redistribution des espaces privé et commun dans des pratiques sociales profondément transformées par l’évolution de l’environnement médiatique et, plus particulièrement, par l’usage des outils numériques. Il est ouvert aux spécialistes des champs littéraire, artistique, psychologique et psychanalytique, sociologique, anthropologique et philosophique, qui s’interrogent sur les formes et enjeux actuels de la représentation de l'intime, autrement dit sur les manières de penser, de vivre, de figurer le soi et la relation à l’autre. Il privilégie une étude croisée Espagne/France des problématiques liées à l’intime, à ses représentations, ses évolutions et ses frontières.

Références bibliographiques

 

Réalisations

 

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